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Gérer la diversité religieuse, meilleur rempart contre les extrémismes

LE 04/06/2016 

Chronique À l’approche du Ramadan, de nombreuses entreprises s’interrogent. Soutenir la diversité religieuse, serait-ce contribuer à ouvrir la boîte de Pandore ? Inès Dauvergne, Responsable Diversité d’IMS-Entreprendre pour la Cité, apporte des réponses.

L’entreprise, contrairement aux espaces publics, n’est pas un espace laïc. Les convictions personnelles des uns et des autres ne peuvent pas constituer des motifs de refus aux salariés pour leurs demandes d’aménagements horaires ou autres. Seuls les critères liés à l’organisation du travail, à l’hygiène et la sécurité devraient entrer en ligne de compte. Mais le cadre juridique du fait religieux en entreprise n’est souvent pas connu. Très peu d’entreprises, d’ailleurs, savent comment aborder cette question et nos groupes de travail dédiés à ce sujet font aujourd’hui salle comble.

Est-ce à dire que les entreprises font face à une explosion de revendications religieuses ? Dans 85% des cas*, les demandes en lien avec les convictions religieuses des salariés sont considérées comme gérées facilement par les entreprises. Seules 18% des entreprises ont été concernées par des demandes sur le port de signes religieux et seulement 5% par des comportements tels que le refus d’exécuter sa tâche de travail, de travailler avec certains collègues ou de les saluer. Nos derniers groupes de travail le démontrent encore : ce sont bien plus souvent la gestion de cas qui « pourraient » se produire au sein de l’entreprise qui posent soucis aux managers, plutôt que la gestion de cas effectivement problématiques. Par un procédé de généralisation, le cas isolé devient le cas « référence » et la peur de devoir faire face à des comportements radicaux s’installe dans l’imaginaire collectif.

Si les conflits sont rares, peut-on pour autant considérer que l’entreprise doive taire toute position dans ce domaine, rester neutre pour garantir la paix sociale ? Nous l’affirmons :refuser de répondre à des demandes sur l’expression religieuse par peur de polémiques, c’est laisser la possibilité aux extrémistes religieux d’imposer un discours clivant, discriminant et nocif pour le vivre-ensemble et le bon fonctionnement de l’entreprise. Il est tout à fait possible d’aborder ce sujet de manière pragmatique et dépassionnée, et les entreprises ont tout intérêt à combler ce vide managérial.

Lorsque les managers ne sont pas informés du cadre légal régissant le monde de l’entreprise sur ces questions, ce sont les interprétations personnelles qui priment. Tel manager considérera sans doute que l’organisation de son équipe lui permet de mettre en place des aménagements horaires pour les salariés concernés par le Ramadan, alors que d’autres ne souhaiteront pas donner les mêmes facilités au nom d’une certaine laïcité. En armant ses managers de réponses claires et simples, de réponses équitables, l’entreprise ferme la porte aux comportements extrémistes. Elle encadre les relations au travail de processus stables et reconnus par tous.

Le rappel aux valeurs de l’entreprise est en outre primordial : tous les salariés de l’entreprise doivent respecter un socle commun non-négociable, quelles que soient leurs convictions personnelles. Si gérer la diversité religieuse dans l’entreprise signifie que l’entreprise respecte les différences individuelles et permet des aménagements, lorsque cela ne porte pas atteinte au bon fonctionnement de l’entreprise, cela signifie aussi que les comportements déviants tels que le refus d’exécuter sa mission, le prosélytisme, le refus de la mixité ou du travail avec certains collègues sont prohibés et fermement recadrés.

Quelques entreprises ont d’ores et déjà publié des guides pratiques destinés à leurs managers, mis en place des formations sur le sujet ou ont eu l’audace d’organiser des événements rassemblant des chefs religieux de différentes communautés pour des séminaires internes. Elles ont ainsi marqué leur attachement à des valeurs propres à celles de l’entreprise : écoute, dialogue et ouverture. Le contexte actuel exige en effet d’éviter les amalgames et le développement de stéréotypes négatifs qui nuisent au bon climat social et à la cohésion des équipes. Reconnaître la diversité religieuse, c’est définir un cadre qui permette à chacun, croyant ou pas, pratiquant ou pas, de pouvoir travailler sereinement. Reconnaître la diversité religieuse, c’est protéger le vivre-ensemble en coupant court à tous les extrémismes, qu’ils soient d’ordre religieux ou laïc.Reconnaître la diversité religieuse, c’est avant tout, pour l’entreprise, marquer son engagement envers le respect dû à chaque salarié, incarner ce « sacro-saint » concept d’inclusion.

I nès Dauvergne est l’auteur du guide « Gérer la diversité religieuse en entreprise », publié en 2008 par IMS-Entreprendre pour la Cité.

(*) Enquête Pratiques religieuses en entreprise, publiée par IMS-Entreprendre pour la Cité, en partenariat avec la Charte de la diversité, en 2013

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